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L'archipel de Théo
Les mots des îles
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C'est par là que je l'ai vu, juste au milieu du lac ...
Le canard lacustre
Tout à l’heure, je roulais au pas de mon allemande, doucement, en écoutant Bashung. Non, en fait, c’était Sunday’s driver, mais je préfère Bashung. Je longeais un lac de fin d’après-midi.
Doucement, je flânais là où le touriste a fui, chassé par la promesse du vent. Personne ! Un régal, cette étendue d’eau grise qui reflète le silence, sans rien dessus, sans un mot de trop jeté pour rien à qui n’écoute pas. Pour un peu, j’aurais retrouvé l’inspiration. Je pensais à ce que m’écrivait ce matin une mienne amie de cœur sur les joies simples et les bonheurs du jour … Et je le vis.
Un canard. Au milieu. Minuscule. Un bonheur de canard perdu sur l’immense flaque, unique et déterminé. Ce canard avait un but, ce canard savait, ce canard allait tout droit et il y allait seul, mais avec quel courage !
Un point de vie qui bouge et rien d’autre autour ; j’avoue que j’ai eu le vertige à cette image. Ce canard au bec courageux qui indique la terre promise, qui va droit devant, sans ciller –d’ailleurs, ont-ils des cils ? Mais en aurait-il eu qu’il n’eût pas cillé, j’en suis sûr ! Ce canard m’a ému. Il m’a semblé tragique de solitude, admirable de courage, silencieux et beau au milieu des flots.
Va petit canard, ON veille sur toi …
Comme ON veillait sur nous et sur tous ceux qu’on a aimés et qui font le silence du lac, ce soir.
Pauvre petit canard ! Mais c’est toi qui a raison : il faut nager et nager encore sans se poser de questions.
Coin ! Coin !

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